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Quand Scorcese revisite l'Histoire des États Unis - Critique de "Killers of the Flower Moon" de Martin Scorsese

  • 22 avr. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 mai 2025

☆ Note : 18/20



Ce n'est un secret pour personne : Scorcese est depuis ses premiers films fasciné par deux choses : la violence et la religion.

Une violence qu'il attribue à une société américaine bâtie sur le mensonge et le péché. Péché qui renvoie justement à cette foi qu'il garde en lui depuis toujours et qui ont bien failli l'emmener au séminarisme.

La religion, dans ses films, est liée intimement à l'idée de rédemption.


Travis Bickle, tout d'abord, le "Taxi Driver", vétéran du Vietnam perdu dans un New York nocturne et interlope qui trouve son statut de héros dans le bain de sang rédempteur final. De meurtrier il va se transformer en ange exterminateur.


Dans "Raging Bull", Jake La Motta, le boxeur dont la violence se retrouve non seulement sur les rings mais également dans sa relation avec sa femme et son frère...

Sa rédemption, il va la trouver en plongeant au plus profond de sa médiocrité pour y exhumer la grandeur d'âme au son de "Cavalleria Rusticana" de Mascagni, un opéra sur la vengeance se déroulant en Sicile. (Entendu également à l'épilogue du Parrain 3 de Coppola)

Et on pourrait ainsi décliner la plupart de ses films pour trouver des personnages rongés par le doute mais aussi par le mal. Que ce soit Rupert Pupkin du très mésestimé "La Valse des Pantins", ou le Max Cady des "Nerfs à vif", ou encore le Jordan Belfort de "le Loup de Wall Street". Et tant d'autres encore.


"Killers Of The Flower Moon" ne déroge pas à la règle et montre lui aussi des personnages troubles voire carrément malsains...

Comme dans "Gangs of New York" et "The Irishman", Scorcese semble s'intéresser à l'Histoire avec un grand H mais à celle qui a fait de l'Amérique ce qu'elle est devenue. Une société où la violence endémique est inscrite dans ces gènes.


Ici, quoiqu'il fasse, l'homme n'est peut-être pas intrinsèquement mauvais mais il le devient. A l'image d'Ernest Burkhart (Leonardo Di Caprio, décidément le nouvel alter ego du réalisateur), personnage naïf et influençable, sorte d'avatar trumpien de l'Amérique en devenir...

De retour de la première guerre mondiale, il va tomber sous la coupe de son oncle William Hale, un riche propriétaire, qui va le manipuler pour arriver à ses fins.

Surnommé "King", William Hale (De Niro, calculateur et terrifiant) tisse de manière machiavélique les fils de la tragédie shakespearienne qui va se dérouler autour de Mollie (lumineuse Lily Gladstone, la révélation du film), jeune indienne Osage diabétique vivant avec sa mère et objet de toute sa convoitise.


L'histoire donc. Celle, véridique, du peuple Osage, ce peuple indien ayant découvert du pétrole sur ses terres en Oklahoma et se retrouvant ainsi propriétaire d'une fortune qui va finalement être la cause de sa destruction. Dès les premières images, où l'on voit la cérémonie de l'enterrement de ce calumet, représentation symbolique de la culture amérindienne, et le surgissement en parallèle de ce pétrole, le constat est clair.

"King" Hale va jouer la carte de la roublardise pour mieux se faire respecter de ces indiens dont la seule chose qui l'intéresse c'est la fortune. Il met en exergue cette phrase qui aujourd'hui encore, dans notre société de consommation, n'a pas perdu son sens : Greed is good...L'avidité c'est bien.

Mollie va voir disparaître petit à petit toute sa famille, sœurs et mère, dans des morts parfois violentes et toujours suspectes. Sans que les autorités ne trouvent aucun coupable. La corruption déjà.

Survient alors l'enquête de ce qui est l'ancêtre du F.B.I. Le rôle central de Hale/De Niro va apparaître dans toute sa noirceur...


A ce titre, le personnage campé par De Niro est un personnage Scorcesien à part entière. C'est le descendant direct de Bill the Butcher, personnage terrifiant de "Gangs of New York", qui trace dans le sang l'avenir de sa famille mais surtout de sa fortune. C'est la violence qui fait le pouvoir.

C'est aussi le parent proche de tous les mafieux croisés dans "Les affranchis", "Casino" , "Les infiltrés" car, après tout, "Killers of the flower moon" raconte cela aussi. La "naissance" d'une nation à travers son crime organisé.

La figure "paternaliste " de ce parrain ambigu et sans scrupules quand il s'agit de ses intérêts est terrifiante.


L'Amérique tutélaire, capitaliste, suprémaciste (le KKK y apparaît en filigrane) est en marche.

Référence à "Naissance d'une nation" justement de D.W. Griffith?

Vu l'érudition cinéphilique de Scorcese , ce serait tout à fait possible.

Il est déjà fécond le ventre de la bête...

"J'ai toujours rêvé d'être un gangster" disait Henry Hill dans l'ouverture des "Affranchis"...

Ici Ernest Burkhart, naïf sans avenir, ne l'a pas rêvé mais King l'a fait.


Reste alors son histoire d'amour avec Mollie. Provoquée mais au final sincère. Ernest aime vraiment sa femme. Cette faiblesse va le perdre. Ou le sauver. Chacun y verra ce qu'il voudra.

"Killers..." Est aussi le film d'un grand cinéphile. C'est un western, mais aussi un film noir, un polar, un film de procès. Tous les genres, ou presque, y passent pour notre plus grand plaisir.


Le pétrole a inspiré bien des cinéastes à travers son Histoire.

On peut penser au "Géant" de Georges Stevens, dernier film de James Dean dont la fin montre aussi cette Amérique(Texas plus exactement) où le pétrole devient le catalyseur de la cupidité, du racisme.

Ou encore l'Ovni magistral de Paul Thomas Anderson "There Will Be Blood". Déjà violence, pétrole et religion.

"Le salaire de la peur" dans une moindre mesure.

Le pétrole semble pourtant lié inévitablement à la violence.

Et cette violence systématique voire systémique est le terreau de cette Amérique génocidaire. La fin narrée par un Scorcese dans une fausse émission de radio des années 30 en trace les inévitables contours.

Pas de rédemption possible.

Ni de pardon.

Ni de châtiment non plus.


Reste le dernier plan, magnifique. Une lueur d'espoir dans cet océan de pessimisme ? On se plaît à y croire.


Oui, "Killers Of The Flower Moon" c'est cela et bien plus encore.

Une œuvre magistrale.

 
 
 

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À Propos

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Le Magicien d'Oz, Victor Fleming, 1939

Comment vous parler de moi sans vous parler de la responsable de cette dévorante mais délicieuse passion qu'est devenu le cinéma ? Il serait bien vain d'essayer car toute ma culture cinématographique lui est due et je lui en serai éternellement reconnaissant... 

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