La Fin de l'Innocence - Critique de "Empire du Soleil" de Steven Spielberg
- 24 avr. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 mai 2025
☆ Note : 17/20
"Empire du Soleil* ou la fin de l'innocence
Souvent mal aimé dans la filmographie de Spielberg, "Empire du Soleil" n'en est pas moins un film essentiel dans sa carrière et un de ses plus bouleversants.
Adapté du roman autobiographique de J.G. Ballard du même nom, il peut être considéré comme le film de la fin d'une période dans l'œuvre du cinéaste.
Situé après "The Color Purple" et juste avant "Indiana Jones et la Dernière Croisade" , "Empire du Soleil" est le deuxième film dans sa trilogie de l'enfance (qui se clôturera avec "Hook" en 1991) et peut être aussi le plus déchirant avec "E.T." ; mais là où "E.T." explorait les fêlures d'un enfant en manque d'un père, ici ce n'est plus un père que Jim Graham, le héros du film, pleure mais la fin de l'enfance.
Et si l'on éprouve beaucoup de tendresse pour Elliott dans "E.T.", pour Jim c'est plutôt l'inverse. Tout du moins au début.
Shanghai 1941, à la veille de l'attaque de Pearl Harbor.
Jamie Graham est le fils d'un riche industriel anglais. Ils vivent dans la concession britannique où le temps s'est arrêté malgré l'invasion japonaise de la Chine. Une enfance heureuse dans une demeure où Jim y est choyé mais où il mène la vie dure aux employés de maison. C'est un enfant gâté qui ne vit que dans ses rêves et où la guerre n'est que le moyen de voir à l'œuvre les avions de chasse japonais, les zéros Mitsubishi, véritable passion pour le jeune Britannique.
Le temps semble suspendu autour d'eux. À l'image de cette scène surréaliste où le jeune garçon accompagné de ses parents est conduit dans une voiture luxueuse à une réception costumée. Les rues de Shanghai respirent la crainte de l'invasion et la misère. Les Britanniques, dans ce bal de voitures remplies de personnes masquées, apparaissent alors comme des pantins dérisoires qui ne voient pas que le monde s'écroule autour d'eux , préférant vivre à une autre époque. À l'image de ce cinéma qui projette "Autant en emporte le vent", un film décrivant déjà la fin d'un monde.
Jim va se retrouver perdu dans ce chaos au moment de l'entrée des troupes japonaises dans Shanghai. Séparé de ses parents, il va connaître la haine qu'il (les Britanniques ?) a (ont) inspiré : la gifle que lui assène l'employée de maison, toute en colère retenue, en est l'illustration. Seul, il va partir à la recherche d'aide et il va tomber sur Basie (John Malkovich dans un de ses premiers rôles et déjà excellent) un américain roublard pour qui tout se vend et s'achète. Les bonnes manières et le vocabulaire suranné de Jim vont l'amuser.
Une nouvelle vie va alors débuter pour lui, celle où il va apprendre à survivre. D'un camp d'internement à un camp de prisonniers, il va, avec l'aide d'un médecin anglais et du pragmatique américain, trouver les ressources nécessaires pour faire face au monde qui l'entoure tout en essayant de garder son âme d'enfant. Cette âme d'enfant qu'il retrouve dès qu'il voit les avions de chasse japonais qu'il admire. La scène où il arrive dans le camp de travaux forcés et qu'il aperçoit les zéros sur la piste d'atterrissage est une merveilleuse scène qui résume en images tout le génie de Spielberg : on pense alors à deux autres de ses films : Jim comme Elliott dans "E.T." et Roy Neary dans "Rencontres du Troisième Type", regarde vers le ciel à la recherche d'un sens à sa vie et d'un vide à combler. Bouleversant.
Le point de non retour est atteint lorsque les anglais, abandonnés par les japonais, fuient à la recherche des alliés. Jim se retrouve dans un stade rempli de toutes ces possessions spoliées aux vaincus. C'est là qu'il va apprendre un nouveau mot qui va changer son existence : bombe atomique. Son explosion, qu'il voit au loin lui fait d'abord penser à une âme qui monte au ciel. Cette mort qui rôde autour de lui mais qu'il défie constamment. Même lorsqu'il essaye de sauver ce jeune pilote Japonais qui n'est autre que son alter ego. En dépit de tous ses efforts, il ne peut le ramener à la vie tout comme il ne peut redevenir cet enfant insouciant qu'il aimerait tant retrouver.
Comme il se rendait aux soldats japonais au début du film, le jeune garçon va se rendre aux libérateurs américains.
Le périple peut alors se terminer dans ce camp où les parents essayent de retrouver leurs enfants perdus. À l'instar de Peter Pan qui retrouve sa Wendy, Jim, qui n'est plus un enfant retrouve sa maman qui, elle, n'a pas changé. Ses yeux peuvent se fermer sur une enfance qui ne sera plus.
Christian Bale pour son premier rôle au cinéma apporte au petit Jim une profondeur qui laisse admiratif...on ne le dit pas assez souvent mais Spielberg est aussi un grand directeur d'acteurs.
Sublimé par une merveilleuse bande son de son compositeur attitré John Williams, le film nous emporte durablement dans un torrent d'émotions.
Merci Monsieur Spielberg.

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