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L'enfer, c'est les autres. Critique de "La Zone d'Intérêt"

  • 20 avr. 2025
  • 3 min de lecture

☆ Note : 17/20


"L'enfer c'est les autres" disait Sartre .

Pas forcément.

L'enfer c'est aussi ce que par nos actes nous contribuons à rendre réel.

En tout cas, c'est le postulat sur lequel tend à se baser Jonathan Glazer avec son film. Un film dont on ne ressort pas sans questionnement.

Celui-ci s'ouvre sur une scène champêtre : deux familles en plein piquenique au bord d'une rivière. L'image même du bonheur familial. La banalité...

Mais rapidement nous comprenons que cette banalité sera celle du mal.


Nous sommes à Auschwitz Birkenau pendant la solution finale. La famille Hoss vit dans ce qui donne son titre au film: la zone d'intérêt. C'est la zone de 40 km autour du camp de concentration. Hedwig et Rudolf Hoss ont bâti un havre près du camp d'extermination où ils vivent avec leurs enfants. Une maison avec un grand jardin dont Hedwig s'occupe avec amour. Rien ne semble perturber leur bonheur. Pas même ces mitrailleuses que l'on entend régulièrement ni ces bruits constants de machines qui résonnent de jour comme de nuit. Pas plus que ces cris que l'on entend en permanence. Des sons glaçants qui mettent en évidence l'horreur indicible.

La seule image que nous avons du camp, c'est un mur au dessus duquel on voit cette fumée s'échapper des sinistres cheminées où celle de ces trains qui amènent régulièrement les suppliciés.


Rudolf Hoss donc, commandant du camp est un fonctionnaire zélé et carriériste fier des résultats obtenus et apprécié de sa hiérarchie. Il vit des moments privilégiés avec sa femme et ses enfants.

Au détour d'une image ou d'une conversation, on sent un homme qui profite du système. Mais rien qui laisse deviner un monstre. Tout au plus, cette jeune fille juive dont il va abuser, fissure l'image de ce mari parfait.


Sa femme également (impeccable Sandra Huller): on la voit prendre ou distribuer des vêtements récupérés sur les déportés sans aucun questionnement, ni état d'âme.

Elle n'est pas exonérée de toute responsabilité non plus. En effet, ces menaces à peine cachées envers la jeune fille juive qui travaille dans la maison montrent bien son hypocrisie.

Tout comme son désir de rester dans le camp malgré la nomination de son mari à Berlin. Elle ne veut pas quitter cet Eden (sa mère, lors de sa venue , s'écrie d'ailleurs "c'est paradisiaque!" ) qu'elle a construit près de cet enfer qu'elle ne peut ignorer. Sa scène de ménage à son mari en atteste. Quasiment le seul moment où la caméra sort du plan séquence pour un long travelling. La colère en marche.


Le personnage de sa mère qui vient rendre visite marque peut-être une première fissure dans le tableau idyllique que la famille s'est représentée. Son soutien au système et la fierté affichée pour ce qu'a accompli sa fille au début cèdent la place au doute lors de son départ impromptu. Y aurait il un début de prise de conscience ?


Rudolf Hoss semble lui aussi pris de doutes à la fin: ses hauts le cœur au sortir de cette réception avec le gratin de la machinerie Nazie en sont peut être un signe. Se rendrait il compte de sa sinistre œuvre accomplie? Peut-on pour autant avoir de l'empathie pour cet homme ?

C'est là le questionnement de Jonathan Glazer et sa réponse est sans appel et implacable.

En une ellipse temporelle, il nous montre des personnes nettoyant et préparant le mémorial d'Auschwitz avant l'arrivée des visiteurs de nos jours. Les plans fixes sur ces vitrines montrant ici un amoncellement de chaussures, là des tenues de déportés ou encore tous ces objets retrouvés lors de la libération du camp sont sa réponse . Rien ne peut pardonner la barbarie. Retour sur Hoss qui peut disparaître dans cet escalier plongé dans l'obscurité. Sa place est au cœur de cet enfer qu'il a par sa complicité contribué à forger

Toute éventuelle ambiguïté est levée.


La banalité du mal décrite par Hannah Arendt lors du procès Eichmann en 1963 n'excuse en rien le crime. Cet oxymore n'en est finalement pas un. C'est devenu une triste évidence.

La vie de rêve inventée par les Hoss pour échapper à la réalité ne tient plus.


Seule lueur dans cet océan de désespoir, c'est ce personnage de jeune fille polonaise qui cache à l'insu des gardes des fruits pour les déportés. Elle est filmée comme dans un rêve , loin de la monstruosité ambiante.

Jonathan Glazer reprend avec "la zone d'intérêt", les propos de Claude Lanzmann qui pensait que la Shoah ne pouvait être montrer de manière frontale.

Après Spielberg et la représentation dramaturgique de la solution finale, il montre que l'Holocauste reste encore un sujet que le regard du cinéaste doit appréhender avec une sensibilité particulière et forcément personnelle pour provoquer l'émotion.


Un film à voir pour savoir.

 
 
 

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À Propos

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Le Magicien d'Oz, Victor Fleming, 1939

Comment vous parler de moi sans vous parler de la responsable de cette dévorante mais délicieuse passion qu'est devenu le cinéma ? Il serait bien vain d'essayer car toute ma culture cinématographique lui est due et je lui en serai éternellement reconnaissant... 

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