Critique de "Kingdom of Heaven" (Director's cut) de Ridley Scott
- 5 mai 2025
- 4 min de lecture
☆ Note : 18/20
N.B.: La version visionnée pour cette critique est la version Director's cut de 187 minutes, qui est la version voulue par son réalisateur et non la première version cinéma de 145 minutes, imposée par le studio.
Quinzième film de Ridley Scott, "Kingdom of Heaven" est un film remarquable à bien des égards.
Cinéaste qui a pu parfois décevoir avec des films très mineurs, Scott a aussi mis en scène quelques perles tout au long de sa carrière .
On peut citer "Alien" , "Blade Runner", "Thelma et Louise", "Gladiator" , le très sous estimé "La Chute du Faucon Noir" et bien d'autres.
Sorti en 2005, "Kingdom of Heaven " fait partie du haut du panier.
On retrouve dans ce film, tout le talent de conteur et le sens inné du réalisateur pour le Grand spectacle. Les scènes de bataille, en particulier, le siège de Jérusalem, les plans du port de Médine et de Jérusalem montrent bien tout le soin méticuleux apporté par le cinéaste à sa reconstitution.
A la fin du XII ème siècle, en Europe, la Chrétienté lève des volontaires pour défendre Jérusalem. La paix est fragile car des dissensions au sein des factions chrétiennes se font jour face à la personnalité de Saladin, chef des armées musulmanes...
Quelque part en France, le jeune Balian, forgeron de son état, en plein deuil de sa femme enceinte, reçoit la visite de Godefroy d'Ibelin, chevalier en route pour la Terre Sainte. Celui ci lui révèle être son père et lui propose de l'accompagner à Jérusalem. Excommunié pour avoir tué un prêtre intégriste qui souillait la mémoire de son épouse, l'enfant "batard", en quête de rédemption, se retrouvera finalement à défendre la Ville Sainte contre les assauts des armées de Saladin.
S'inspirant librement d'un personnage ayant réellement existé , Ridley Scott prend quelques distances avec l'histoire avec un grand "H" pour mieux asseoir son propos.
En effet, le but du réalisateur n'est pas de livrer un cours magistral sur les croisades. Son film est, en plus d'être une fresque bluffante de réalisme, une passionnante réflexion sur les religions et la tolérance
Le contexte de la fabrication du film est également très important.
Le long métrage arrive quatre ans après les évènements du 11 septembre 2001. Ridley Scott prend à contre pied l'opinion publique en faisant non pas un film à charge contre l'Islam mais plus, contre les chrétiens.
Une lucidité dans le propos qui transparaît tout au long du film .
On retrouve, par exemple , cette lucidité dans la réplique que fait le chevalier Hospitalier à Balian :"Ce n’est pas ce qui compte, la religion. Au nom de la religion, j’ai vu le délire de fanatiques de toutes les confessions du monde appeler la volonté de Dieu. J’ai déjà vu briller la religion dans les yeux de bien des meurtriers."
La violence n'est pas le produit d'un acte de foi... Elle en est la conséquence. La foi devient donc son alibi.
Le personnage de Renaud de Châtillon (qui semble être, si on excepte son appartenance erronée aux Templiers selon les historiens, le plus fidèle à la réalité) en est l'exemple et l'illustration. Odieux mais lucide.
"Je suis comme je suis, je fais ce pourquoi je suis fait." déclame t il en faisant assassiner la sœur de Saladin.
Interprété par une pléiade de grands acteurs, le film souffre juste d'un petit défaut... Le choix de l'interprète principal
Sans être mauvais, Orlando Bloom ne convainc jamais en tant que Balian... Trop "lisse" peut être...
Par contre, le reste du casting est beaucoup plus juste.
En particulier, Brendan Gleeson qui est un Renaud de Châtillon terrifiant de sadisme.
Mais aussi, Jérémy Irons , parfait en Tiberias; David Thewlis, en chevalier Hospitalier dévoué mais lucide; Edward Norton, masqué , en Roi Baudouin IV rongé par la lèpre mais soucieux de maintenir cette paix fragile entre les deux religions.
Et Ghassan Massoud. Il incarne un Saladin, solaire et empreint d'une profondeur d'âme peu commune pour un Chef de guerre.
Les quelques scènes où il apparaît lui suffisent pour voler la vedette au reste du casting.
Ne prenant parti pour aucun des deux camps, Ridley Scott décrit une époque troublée et cruciale qui n'est pas sans évoquer une actualité toujours aussi épineuse au Proche Orient.
Il renvoie dos à dos les antagonistes comme le montre ces paroles de Balian : "Nul d'entre nous n'a pris cette ville aux Musulmans. Nul Musulman de la grande armée qui marche contre nous n'était né quand cette ville tomba. Nous nous battons pour un affront qu'aucun de nous n'a infligé contre des gens qui n'étaient pas nés quand il fut infligé. Qu'est-ce que Jérusalem ? Vos lieux saints sont bâtis sur les ruines du temple juif que les Romains ont abattu. Les Musulmans ont bâti leurs lieux de culte sur les vôtres. Qu'il y a t-il de plus sacré ? Le Mur , la Mosquée, le Sépulcre ? Qui est légitime ? Nul n'est légitime. Tous sont légitimes. Nous ne défendons pas cette ville pour protéger les pierres mais le peuple qui vit à l'intérieur de ces murailles"
A la question de Balian,
- Que vaut Jérusalem pour toi ?
Saladin, lucide, lui lance
- Rien... Et Tout.
Ce Royaume du Ciel évoqué dans le titre reste inaccessible : Balian et Saladin le savent bien.
Et comme l'écrit le déroulant à la fin du film, il l'est encore aujourd'hui..
En dépit de quelques petites réserves, Kingdom of Heaven reste un chef d’œuvre cinématographique assez époustouflant qui va bien au-delà du sujet qu'il aborde...

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