Furieusement bon... - Critique de "Furiosa"
- 19 avr. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 avr. 2025
☆ Note : 17/20
Vengeance, quand tu nous tiens...
S'il y a bien une Saga qui a su traverser les décennies en sachant renouveler son univers mythologique tout en gardant son âme, c'est bien "Mad Max".
Petit retour en arrière:
1979... Sur les écrans cinématographiques, pas encore complètement envahis par la banalisation de l'ultra violence, débarque un film qui va faire sensation : "Mad Max".
Écrit et réalisé par un jeune australien, Georges Miller, ce film montre un monde au bord du chaos où des motards font régner la terreur sur les routes. C'est aussi l'histoire de la vengeance d'un homme à qui on a tout pris.
Ce film fut à son époque largement censuré du fait de la violence réaliste qu'il montrait. Miller, ayant commencé des études de médecine avant de bifurquer vers le cinéma, apportait tout son vécu à ces scènes de violence routière...
Et il créa également un héros qui allait devenir iconique: un certain Max Rockatansky.
Trois ans plus tard, ce monde au bord du chaos du premier opus, se transforme en monde postapocalyptique où le héros, Max, erre sans but. C'est "Mad Max 2".
Le désert australien est maintenant le décor d'un univers que Georges Miller, tel un John Ford moderne crée de toutes pièces. On est d'ailleurs proche du Far West: les étendues de l'Ouest américain deviennent un désert seulement entrecoupé de routes où circulent des hordes de bandits mécanisés assoiffés de sang.
Dans ce monde en ruines où la seule préoccupation, c'est le carburant, Max retrouve un semblant d'humanité . Tout en devenant un mythe...
Du point de vue de la mise en scène, Georges Miller dynamite les codes du film d'action pour réinventer les poursuites en véhicules. "Bullit" et "French connection" n'ont qu'à bien se tenir.
Un genre est né. Et un acteur a vu sa carrière démarrer. Un certain Mel Gibson...
Quelques années plus tard, "Mad Max 3" bien que traversé de quelques fulgurances (le combat sous le dôme du tonnerre entre autres), est un épisode qui visiblement a échappé au contrôle de son créateur pour devenir un produit hollywoodien sans beaucoup d'âme.
Max disparaît alors des écrans pendant 30 ans.
Renaissance du Mythe
En 2015, le réalisateur décide de le ressusciter en lui donnant un nouveau visage, celui de Tom Hardy. On retrouve dans cette suite/reboot tout ce qui en fait une exception dans l'univers cinématographique. Le film, à l'instar du second opus, est un concentré d'action haletante qui se déroule dans une unité temporelle réduite. A peine 48h...
Miller donne à Max une nouvelle dimension en plus d'un nouveau visage. Il lui donne également un alter égo féminin: une certaine Furiosa. Incarnée par Charlize Theron, celle-ci en vient à voler la vedette à Max tout en relançant la saga. Des scènes d'action à couper littéralement le souffle, une bande son en adéquation, un travail sur l'image comme on avait pas vu depuis bien longtemps...
Pas de doute : Fury Road fut non seulement la résurrection de Max mais aussi du grand Georges Miller.
Furiosa donc.
On en arrive à ce nouvel épisode de la saga : "Furiosa-une saga Mad Max ".
Mi spin off et mi prequel, le film revient sur les origines de ce personnage devenu en peu de temps presque aussi iconique que le héros de la franchise.
Dès les premières minutes, on se rend compte que, même si l'on est sur un terrain connu, le ton semble différent.
Des enfants s'amusent dans ce qui semble être un jardin d'Éden qui va rapidement être perverti par l'arrivée de motards sauvages. Le ver est entré dans la pomme. On va assister à l'enlèvement de Furiosa et au supplice de sa mère lancée à sa rescousse telle une amazone.
Sa crucifixion sous ses yeux vont faire entrer Furiosa dans le monde de la vengeance qu'elle va mettre 15 ans à assouvir. L'enfant devient jeune femme et prend les traits d'Anya Taylor Joy (impressionnante), prémices d'une Charlize Theron, walkyrie vengeresse et déterminée.
Et c'est là que le film diffère dans la forme de ces illustres prédécesseurs. Découpé en cinq chapitres, le scénario prend le temps, sans nous ennuyer une seule seconde, de poser l'histoire de cette jeune femme dont les objectifs restent de se venger puis de retourner chez elle, dans ce monde idyllique qui lui a été enlevé...
Plus "bavard" que les épisodes précédents, Furiosa utilise malgré tout l'adrénaline des images pour faire avancer le récit. Chaque chapitre contient sa scène d'action filmée toujours avec autant de maestria. C'est la vengeance, fil conducteur et carburant du film, qui fait entrer le récit dans le domaine épique...
Un peu à la manière de David Lean dans "Lawrence d'Arabie", Miller fait du désert un personnage à part entière et trace à travers lui une carte de son univers mythologique.
Dans cette cartographie, les personnes occupent une place très importante.
L'antagoniste tout d'abord. Mélange d'Humongus, le méchant de "Mad Max 2" par son physique sur vitaminé et d'Entity (Tina Turner dans le troisième volet), pour son côté faussement affable, Dementus, (Chris Hemsworth, surprenant)i incarne la cruauté et la perversité. Il est le déclencheur qui va faire naître le mythe Furiosa...
Le choix de l'acteur, incarnation marvelesque du Dieu Thor serait il une coïncidence? Pas sûr du tout.
Et de mythologie, il en est question à tous les niveaux du film.
On parlait de western mais le péplum n'est pas loin non plus. Dementus a un côté gladiateur dans l'arène debout sur son char/moto prêt à rouler sur ses ennemis.
Plus encore. L'avènement de l'héroïne et la chute de son Némésis apparaissent finalement bien dérisoires. Miller nous laisse miroiter un dénouement épique pour au bout du compte, s'en détourner et laisser le spectateur choisir le destin incertain mais funeste de Dementus. Miller réinvente la geste cinématographique et la sublime.
Les scènes d'action moins présentes que dans "Fury Road", n'en sont pas moins spectaculaires (l'attaque du porte-guerre est un modèle de construction narrative et de montage). Le metteur en scène n'est pas un virtuose du rythme et du mouvement de caméra pour rien...
Les mots deviennent alors inutiles lorsque les visages et les actes disent tout.
Le tour de force de Georges Miller, c'est de réussir à raccrocher le film au reste de la saga.
Immortan Joe, le mange-personne, Rictus Erectus... Les personnages de Fury Road défilent. Puis, au détour d'une scène de poursuite, on aperçoit Max et sa V8 interceptor, observer le destin de Furiosa qu'il finira par croiser. La boucle est bouclée.
En mettant en lumière Furiosa, Miller montre que ce qui l'intéresse ce n'est pas le personnage mais le mythe et sa construction. Chacune de ses œuvres en est la preuve. Comment ne pas penser aussi à son film précédent "3000 ans à t'attendre" sorte de compendium merveilleux de l'œuvre du génial australien?
Savoir créer un univers à soi et raconter une épopée merveilleuse.
N'est ce pas cela que l'on appelle un auteur ?

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