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Chroniques d'un génie torturé - Critique de "Oppenheimer" de Christopher Nolan

  • 22 avr. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 mai 2025

☆ Note : 18/20




Il y a dans le cinéma de Christopher Nolan quelque chose d'unique.

La volonté de construire des œuvres où tous les sens sont mis en alerte. Qu'on aime ou pas, il ne peut pas laisser indifférent. De "Mémento" à "Tenet" en passant par "Inception", "Le Prestige", "Interstellar" et "Dunkerque", ses films, sous un enrobage de films érudits, se sont révélés de vrais puzzles à la construction machiavélique où chaque son et chaque image ont leur importance. En réalité, ses films sont finalement très "simples" (à l'exception de "Tenet") et peuvent se vivre comme des expériences ludiques, sensorielles et musicales.


Et "Oppenheimer" ne déroge pas à la règle. C'est son film le plus important et le plus abouti à ce jour avec "Interstellar". Il en est à des années lumières par le récit (quoique) mais très proche dans la construction.

Sous ses vrais questionnements scientifico-métaphysiques argumentés sur le temps et la gravité, de quoi parlait finalement "Interstellar" si ce n'est de l'amour d'un père pour sa fille à travers cette question existentielle et pourtant évidente : pourquoi aller chercher loin ce qu'on a sous les yeux ?


C'est la question qui revient dans tous ses films. La toupie de "Inception". La montre dans "Interstellar". Les tatouages du héros de "Mémento". Le tour de magie dans "Le Prestige". Etc...Ne sont que des leurres. La véritable réponse que nous cherchons est toujours sous nos yeux. Mais pour la voir, il faut d'abord la ressentir.


Dans "Oppenheimer", Nolan décide de prendre le contre-pied de ce que l'on pense voir. Le film n'est ni une hagiographie, ni un biopic auquel il emprunte la structure narrative pour mieux la détourner. Ce que l'on va voir, c'est la vérité vue au travers des yeux de ce génie torturé.


Oppenheimer n'est pas un ange. Non. Dans une scène entre comédie et drame on voit le jeune scientifique alors étudiant, brimé par son professeur, qui en vient même à tenter de l'assassiner, avant de se raviser, avec une pomme qu'il a empoisonné.


La pomme. Décidément pour les génies de la science elle joue un rôle primordial. Sans elle Newton aurait il élaboré sa théorie sur la... Gravité ? (Qui est au cœur d'"Interstellar". Tiens...tiens...)

A la différence d'Einstein (savoureuses apparitions), qui s'est toujours tenu à l'écart du pouvoir et la politique, Oppenheimer, lui, a travaillé pour le gouvernement américain à l'élaboration de la Bombe A.


Fréquenter les hautes sphères de l'état ne lui a pas donné de problèmes de conscience. On sent bien un côté égocentrique chez lui, l'envie de plaire. Son désir, c'était d'élaborer la bombe atomique avant les nazis.


Le constat de départ est bon mais à l'arrivée il est "devenu la mort, le destructeur de mondes". C'est ce Prométhée que nous annonce le générique du film: il offre le feu divin aux hommes. Mais à quel prix.


A ce titre il fait écho au professeur Brand (Michael Caine) de "Interstellar". Prêt à sacrifier son humanité pour l'avenir de l'espèce humaine. Mais est-ce vraiment pour son bien ? Nolan ne juge pas mais ne dédouane pas non plus.


Sa relation extra-conjugale avec Jean Tatlock, militante communiste à l'issue tragique n'est pas évoquée en faveur du scientifique (mystérieux gant noir pour ceux qui l'ont repéré).


Dans son portrait, Nolan évoque aussi bien le David Lean de "Lawrence d'Arabie" dans son côté héros torturé que dans l'utilisation des grands espaces.

Car "Oppenheimer" est aussi un film spectaculaire et Nolan utilise tout ce que le cinéma met à sa disposition pour nous le montrer:

- une mise en scène ample mais pas tapageuse qui met parfaitement en lumière les questionnements et dilemmes du héros (?)

- des acteurs réellement habités: Cillian Murphy, extraordinaire de retenue et surtout Robert Downey Jr en Lewis Strauss, antagoniste jaloux. Cette rivalité n'est pas sans rappeler celle du film de Forman entre Mozart et Salieri.

- Un scénario complexe (c'est Nolan quand même !) Mais finalement d'une fluidité déconcertante.


Chaque plan, chaque dialogue a une importance méticuleuse et les sauts dans le temps ne sont pas là pour nous perdre mais bien pour nous éclairer. A l'instar de ces passages constants entre Noir et blanc et couleurs. Le point de vue manichéen sans couleurs du politicien Lewis Strauss opposé à celui nuancé du scientifique.

- une photographie à couper le souffle du collaborateur habituel de Nolan depuis "Interstellar", Hoyte Van Hoytema et une musique de Ludwig Goransson baroque et s'adaptant aux images impressionnantes.


Point culminant du film : la scène de l'explosion.

Rien de spectaculaire en soi car Nolan ne la filme pas comme une scène dantesque comme beaucoup s'y attendent. Il la décortique en multipliant les plans pour finalement nous faire surtout retenir cette détonation qui arrive en décalé et qui nous cueille à froid. Il y a une virtuosité Kubrickienne dans ce parti pris.

Cette explosion est finalement le début de la fin pour Oppenheimer.


Alors que tout le monde se réjouit, lui voit les conséquences et la monstruosité de ce qu'il a engendré. On veut le féliciter mais des images tout droit sorties de l'enfer apparaissent pour lui. Des images effrayantes.

Dans une scène d'un onirisme lynchien que Cocteau n'aurait certainement pas renié.


Mais comme "Interstellar", "Oppenheimer" est finalement un film profondément, résolument, passionnément humain. Le film sans être à la première personne est filmé à hauteur d'homme. Comme "Dunkerque", le film se base sur l'histoire avec un grand H pour scruter l'âme. Ce conflit sur lequel repose la légitimité de l'invention de cette arme du jugement dernier fait finalement écho au conflit vécu par le père de la Bombe.

Et là où "Dunkerque" montrait une défaite qui se muait en victoire par le courage individuel, Oppenheimer montre le mécanisme inverse. Comment cette victoire sur le Japon va se transformer en échec effrayant pour le grand scientifique.

Et en course contre la montre pour le monde à l'aube d'un nouvel équilibre terrifiant. Celui de la Bombe atomique...


Car finalement Oppenheimer est bien cela aussi: un film totalement politique qui montre une Amérique paranoïaque qui, pour asseoir sa toute puissance, est prête à renier ces enfants qui lui ont donné ce pouvoir.


Le film acquiert alors une résonance particulière en cette période de tension internationale ... Ce qui n'est pas le moindre de ses mérites.

"Avant on levait les yeux au ciel en cherchant notre place parmi les étoiles. Aujourd'hui on baisse les yeux en se demandant quelle est notre place dans la poussière" disait Cooper dans "Interstellar". Cette question existentielle pourrait correspondre également à Oppenheimer.


Ce monde n'est pas si laid. Il a juste oublié qu'il pouvait être beau.

La discussion d'Albert Einstein avec Oppenheimer, véritable mystère tout au long du film, apparaît finalement dans toute son impitoyable clarté .

"Do not go gentle into that good night..."

Ce poème de Dylan Thomas, sur le combat pour la survie, répété par le professeur Brand dans "Interstellar". On pourrait presque l'entendre si on tend bien l'oreille...


Un film majeur à méditer...

 
 
 

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À Propos

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Le Magicien d'Oz, Victor Fleming, 1939

Comment vous parler de moi sans vous parler de la responsable de cette dévorante mais délicieuse passion qu'est devenu le cinéma ? Il serait bien vain d'essayer car toute ma culture cinématographique lui est due et je lui en serai éternellement reconnaissant... 

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