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Critique de "Une Bataille Après l'Autre" de Paul Thomas Anderson

  • 8 oct. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 oct. 2025






Dernier opus de cet immense réalisateur qu'est Paul Thomas Anderson, "Une bataille après l'autre" est,  à ce jour, également son œuvre la plus jubilatoire.. 


Véritable Ovni cinématographique, le film de Anderson, dans ce qui semble être un chaos narratif contrôlé, allie comédie noire loufoque à un mélange d'action, de satire sociopolitique, de road movie, et de mélodrame familial sans jamais perdre le fil de son histoire ni de ses personnages que l'on voit évoluer, dans une Amérique, proche du totalitarisme, du début des années 2000 jusqu'à nos jours.


Libre adaptation du roman de Thomas Pynchon, "Vineland", le film suit, dans sa première partie, les péripéties de deux amants, Pat Calhoun et Perfidia Beverly Hills, révolutionnaires d'extrême gauche, organisant des opérations pour libérer des migrants latinos des camps d'internement au début des années 2000.

Puis dans la deuxième partie, seize ans plus tard, on retrouve Pat Calhoun, devenu Bob Ferguson, vivant caché avec Willa, la fille qu'il a eu avec Perfidia,. Enfin, c'est ce qu'il pense...

Le passé va alors rattraper Bob et mettre en danger Willa.


Si "There Will be blood" était à ce jour son film le plus abouti avec une narration épurée et un visuel digne des films de David Lean ou de Sergio Leone, "une bataille après l'autre" en est le parfait prolongement. 

Son cinéma évolue sans jamais trahir ses préoccupations tant thématiques qu'esthétiques. 


Les références à ses autres films sont aussi prégnantes. 


L'absurdité de certaines scènes et l'incohérence (dans le bon sens du terme) psychologique qui nous rappellent la folie de "Inhérent Vice" (déjà adapté de Pynchon) ou de "Punch Drunk Love" sont ici au service d'un récit qui va à cent à l'heure et d'un discours plus engagé. Le tout, emballé dans une cohérence parfaite où évolue des personnages "paumés". 


Les personnages justement... 


Pat Calhoun dit Bob Ferguson (Di Caprio, décidément un formidable acteur caméléon) le protagoniste, tout d'abord. 

Un ex-révolutionnaire usé et hanté par son passé (comme souvent chez PTA) , à la fois ridiculement vulnérable et déterminé n'est pas sans rappeler certains autres antihéros du réalisateur (on pense à l’ambiguïté morale des personnages dans "There Will Be Blood" ou encore à la solitude de ceux de "The Master" ). 

Marginal désabusé totalement dévoué à sa fille Willa, Bob mêle grandeur d'âme (dans sa détermination à la retrouver) et ridicule (comme dans la scène du mot de passe oublié ou lorsqu'il pousse son "Viva la revolución!" en s'enfuyant). 

Le lien père/fille ajoute également une véritable profondeur affective au personnage dans un contexte de violence politique et d'urgence sociale inédit, sous cette forme, chez le cinéaste. 


Deux femmes gravitent autour de Bob Ferguson et en sont ses raisons de vivre. 


Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor, incandescente) tout d'abord. Une révolutionnaire qui mêle conviction forcenée et appétit sexuel dévorant. Une femme libre et assumée qui ne se résout pas à vivre une vie de famille après la naissance de sa fille,

Jusquauboutiste, elle illumine la première partie du film située au début des années 2000, en pleine présidence Bush, dans une Amérique qui commençait à plonger dans un néo conservatisme nauséabond (pour preuve, les premiers instants du film, dans ce camp d'internement pour émigrés latinos clandestins surveillés par des militaires). 

Si, au début, on pense qu'elle sera au centre du récit, Anderson n'hésite pas à débarquer le personnage dès qu'elle trahit ses convictions et ses compagnons. 

On ne renonce pas à ses idéaux impunément. 


Willa (Chase Infiniti, formidable de colère contrôlée), quant à elle, est plus posée que sa mère, même si elle laisse magistralement surgir le feu sous la glace, dans la dernière partie du film. C'est une ado de seize ans qui se révèle avoir hérité du caractère combattant de sa mère. Mais dans une Amérique actuelle, où le conservatisme est devenu le quotidien pour des révolutionnaires désenchantés, maintenant parents, comme Bob Ferguson. 


Autre personnage charismatique : Sergio San Carlos. Professeur de karaté de Willa et leader respecté de la communauté latino. Positif et solaire dans l'écriture, Benicio Del Toro luí apporte une petite touche de folie qui le rend si attachant et drôle. La petite danse qu'il effectue lors de son arrestation est à ce titre proprement hilarante.


PTA aime les anti héros... Et nous les fait aimer. Car, abîmés par la vie, ils n'en deviennent que plus profondément humains, drôles et donc touchants. 


Le personnage autour duquel gravite tous les autres, c'est le monstrueux Colonel Lockjaw. 

Incarné par un Sean Penn encore une fois génial, il est l'incarnation du mal presque absolu. Son regard totalement vide, ses tics faciaux constants en font un "némésis" comme rarement le cinéma nous a offert. Si ce n'était pour sa folle passion pour Perfidia, on douterait de son humanité. 

Il va traverser le film comme un être dénué d'empathie, prêt à tout pour rejoindre, le "club des aventuriers de Noël" (tout un programme...), un conglomérat composé de ces américains suprémacistes dirigeant secrètement le pays.

Lockjaw est une caricature du militaire fasciste, mais Sean Penn lui donne une épaisseur en jouant sur ses contradictions, ses tics, et ses moments de faiblesse. Il est à la fois ridicule et terrifiant, ce qui en fait un antagoniste mémorable


Le personnage de Lockjaw ressemble par certains aspects au Daniel Plainview interprèté par Daniel Day Lewis dans "There Will be blood". Par exemple dans sa capacité à aller au bout de ses convictions et de la violence dont il est capable de faire preuve. 


Là où les deux "monstres" divergent, c'est dans leur approche de la paternité, thème cher à PTA. Lockjaw rejette la sienne, alors que Plainview l'utilise pour paraître un peu plus humain aux yeux du monde extérieur. 


Mais si Daniel Day Lewis nous offrait un personnage shakespearien, proche dans la tragédie d'un Roi Lear ou du Harry Kane d'Orson Welles, l'interprétation de Sean Penn, qui aurait pu paraître du cabotinage en d'autres circonstances, nous montre finalement un personnage tragique lui aussi mais surtout ridicule et pétri de faiblesses. La volonté délibérée du réalisateur de lui donner ce semblant d'humanité, qu'il avait refusé au Plainview de "There Will be blood", donne une vision du mal caricatural, grotesque voire même cartoonesque. 


Visuellement, "Une bataille après l'autre" est  le film le plus ambitieux d'Anderson. Le recours au format VistaVision, les séquences en extérieur , la photographie de Michael Bauman et la musique donnent au film un vrai souffle épique. 


Dans la mise en scène également, on sent cette volonté d'évoluer. Si certains doutaient des capacités du réalisateur de  filmer des scènes digne d'un film d'action, la poursuite finale en voiture vient balayer tous ces doutes. Filmée avec virtuosité au ras du bitume, celle-ci dynamite les codes du genre et donne des plans d'une redoutable efficacité et d'une beauté digne d'un Georges Miller. 


Finalement, l’engagement du film ( sur les idéologies radicales, l’autoritarisme, la résistance, le renoncement à ses idéaux) est palpable sans devenir didactique. Anderson ne donne pas de leçons mais confronte le spectateur à un questionnement salutaire : que reste-t-il de nos rêves avec le passage du temps ? Un parent peut-il garder ses idéaux quand sa fille est en danger ? Autant de questions qui prolongent les interrogations déjà présentes dans plusieurs de ses longs métrages comme le poids du passé et les blessures familiales dans "Magnolia" ou la corruption des idéaux et le questionnement sur la paternité dans "There Will be blood". 


Le pessimisme de ces œuvres précédentes a, ici, laissé la place à une certaine douceur et une empathie pour des personnages, certes imparfaits, mais positifs. 


Si l’on devait lui donner une place dans sa filmographie, ce film fait le pont entre les œuvres plus " intimes " ("The Master" , "Phantom Thread" ) et les productions plus ambitieuses et à grande échelle ("There Will Be Blood" ), en y ajoutant une énergie jubilatoire retranscrite à merveille aussi par la bande son et la musique toujours aussi formidables chez PTA.


Mélange d'urgence, de rage mais aussi de douceur, l'énergie qui s'en dégage, fait de cette œuvre euphorisante et jubilatoire, un film politiquement lucide, humainement juste et surtout profondément marquant.


Marquant comme ce feu révolutionnaire qui illumine durablement le regard de Willa dans les derniers plans du film. Et certainement celui de Paul Thomas Anderson. 

 

¡Viva la revolución!



 
 
 

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À Propos

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Le Magicien d'Oz, Victor Fleming, 1939

Comment vous parler de moi sans vous parler de la responsable de cette dévorante mais délicieuse passion qu'est devenu le cinéma ? Il serait bien vain d'essayer car toute ma culture cinématographique lui est due et je lui en serai éternellement reconnaissant... 

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