top of page
  • Discord
  • Facebook
  • Instagram
image-asset.jpg

Critique de "La Guerre des Mondes" de Steven Spielberg

  • 9 oct. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 oct. 2025









Sorti quelques mois avant" Munich", "la guerre des mondes" rejoint, tout en étant diamétralement différent, la noirceur et les nouvelles préoccupations du réalisateur de "Jurassic Park" à un moment charnière de sa carrière.


Description d'une invasion extra-terrestre inspiré du roman de H. G. Wells, publié en 1898 et dont il en est la troisième adaptation, le film n'en est pas moins également un récit intimiste qui met en scène un père qui tente de sauver ses deux enfants du chaos engendré. 


Le scénario transpose l'action du roman d'une Angleterre victorienne, et où Wells parle de manière symbolique de colonialisme à travers une invasion extra-terrestre venue de Mars, à une Amérique moderne. 

Ici, point de menace venue d'ailleurs. Comme nous l'explique dès le début une voix off (celle de Morgan Freeman), l'ennemi est déjà parmi nous, enfoui dans le sol peut-être depuis des millénaires et attendant le moment propice pour frapper. 


Adieu les extra-terrestres bienveillants de "E. T." ou de "Rencontres du troisième type". Ici, Spielberg décrit une Amérique qu'un certain 11 septembre a rendu paranoïaque. 

L'ennemi n'est pas non plus celui qui vient du ciel dans des vaisseaux spatiaux gigantesques comme dans le spectaculaire mais creux "Independance Day" de Roland Emmerich, sorti dans les derniers instants d'un vingtième siècle où l'on se pose beaucoup de questions, comme, à chaque fin de millénaire, sur un avenir incertain. 

Le tour de force de Spielberg, c'est de ne pas choisir le chemin que tout le monde pense qu'il va emprunter. 

Pour parler de cette invasion, il ne choisit pas l'action spectaculaire (même si certaines scènes sont d'une efficacité terrifiante) mais l'histoire intimiste. Celle d'un père de famille, Ray Ferrier, incarné par Tom Cruise (un de ses meilleurs rôles), un américain lambda, grutier à Brookllyn. Divorcé et père de deux enfants, Rachel, une petite fille et Robbie, un adolescent avec qui il est  en conflit perpétuel , sa vie personnelle est un échec. 

Ramenés par Mary Ann, ex de Ray et mère des enfants, ceux ci ne sont guère enchantés de passer le week-end avec ce père immature, casquette de base Ball rivée sur la tête, n'ayant d'autres centres d'intérêt que lui même. Sa maladresse avec ses enfants n'est que le reflet de son incapacité à assumer son rôle de père. 

D'ailleurs, Robbie ne parvient pas à l'appeler papa. 


Dans ce climat familial tendu survient alors la première attaque. 

D'une violence incroyable et peu commune chez le réalisateur, elle est renforcée par une mise en scène nerveuse  caméra à l'épaule et un découpage intelligent et spectaculaire. . Les tripodes, incarnation de ce mal enfoui  (chez l'être humain ?) surgissent de terre et pulvérisent tout ce qui se trouve sur leur passage. Le bruit terrifiant de leur mise en marche ressemble aux trompettes de l'apocalypse : rien ne va survivre. 


Les victimes s'évaporent dans un nuage de cendres et leurs vêtements s'envolent dans les airs . Référence évidente et directe aux suppliciés des camps de concentration, on pense, évidemment, à "la liste de Schindler'. Comme le régime nazi, les envahisseurs ne sont là que pour nous détruire. La puissance symbolique rejoint alors la puissance visuelle et la réflexion que nous propose Spielberg sur la vision du monde contemporain nous apparaît alors assez glaçante. 


Le film devient  une course effrénée à la survie pour Ray et ses enfants et leur exode va les amener à traverser un paysage américain apocalyptique où, sous les yeux innocents et effrayés de Rachel, les visions d'horreur vont se succéder: cadavres flottant inexorablement sur les cours d'eau, avion qui s'écrase dans une scène à la puissance sonore (encore) incroyable (référence evidente là encore au traumatisme du 11/09) , armée impuissante mise en déroute par les envahisseurs belliqueux, la révélation des desseins des extra-terrestres: fertiliser ce qu'il pense être leur nouveau monde en utilisant le sang des humains ... 

Tout ceci, avec un pessimisme rarement atteint chez Spielberg. 

Surtout lorsque l'on voit ce que l'être humain est capable de faire lorsqu'il se sent en danger... La scène où, Ray, seul détenteur d'un véhicule en fonctionnement, se fait attaquer avec ses enfants par tous ceux qui veulent fuir plus vite, en est l'illustration . Pour survivre, l'homme est capable du pire... Même du meurtre. On ne le voit pas mais on l'entend... 


Dans ce chaos ambiant, Ray, dont le fils Robbie a décidé d'aller se battre, contre son avis, auprès des soldats, trouve refuge dans sa fuite chez un résistant paranoïaque, Ogilvie, incarné par le génial Tim Robbins. Celui ci n'est guère plus rassurant que les aliens. 

Son discours halluciné va l'amener à la confrontation avec Ray. Le meurtre va alors s'avérer la seule solution pour Ray s'il veut protéger Rachel des envahisseurs mais aussi de la folie de cet homme. Dans un geste d'une incroyable douceur dans ce contexte, il va lui demander de chanter sa chanson préférée tout en lui bandant les yeux pendant que lui va "s'occuper" d'Ogilvie dans une scène au suspense insoutenable. 


Une fois l'irréparable commis, Rachel va se réfugier pour la première fois dans les bras de son père. Ray a enfin assumé son rôle paternel auprès de sa fille. 

L'être humain, quant à lui, montre qu'il est capable, encore une fois, d'aller au nom de l'instinct de survie jusqu'au meurtre... 

Un constat terrifiant. 


Finalement, l'héroïsme de Ray qui paraissait illusoire se révéle dans le combat de ce père protégeant coûte que coûte ses enfants. Allant même jusqu'à détruire un tripode...


La fin du film, qui apparut aux yeux de certains si décevante à sa sortie, n'en demeure pas moins aujourd'hui que plus évidente et logique . Vaincus, non pas par les humains mais par les microbes qui nous entourent, les aliens finissent par mourir laissant derrière eux un monde dévasté mais soulagé. 

Ray quant à lui arrive auprès de Mary Ann pour lui amener Rachel... Et il y découvre Robbie également. 

Le dernier plan de ce père retrouvant ses enfants sont d'une intensité dramatique et émotionnelle exemplaire. 

La boucle est bouclée. 


Cependant, il ne faut pas se leurrer. Derrière ce faux happy end, se cache la détresse d'un père qui, même s'il a gagné l'amour de ses enfants (Robbie va l'appeler Papa pour la première fois), va retourner à sa triste vie solitaire. Les larmes que l'on devine sur son visage sont finalement celles d'un homme mesurant l'étendue du désastre de sa vie personnelle. 


Film charnière dans la carrière du cinéaste, "la guerre des mondes" est plus un film intimiste avec des morceaux de bravoure que l'inverse. 


Il se rapproche dans l'évolution des personnages et de la thématique de "Empire du soleil", autre film charnière du cinéaste. 

Mais si dans "Empire du soleil", le jeune Jim traversait cinq années de guerre en essayant de garder une âme d'enfant pour finalement fermer les yeux sur cette enfance perdue à tout jamais , ici Ray, homme enfant ayant abandonné son rôle de père, finit par retrouver un sens à sa vie en ouvrant ses yeux sur un instinct paternel qu'il pensait avoir perdu. 


Thriller claustrophobique à la noirceur latente, "la guerre des mondes" est également une œuvre éminemment politique sur une Amérique post 11/09 qui s'interroge : la scène de la première attaque en est à ce titre révélatrice. Robbie demande à son père si ce sont des terroristes qui attaquent..

Le récit utilise la démesure spectaculaire de certaines scènes pour renforcer le clímat anxiogène des péripéties. 


Au début de sa prolifique carrière, Spielberg, avait le regard tourné vers le ciel avec un optimisme qui pouvait paraître naïf mais qui en réalité était si poétique.

Au début des années 2000, ses préoccupations vont devenir plus politiques et son discours beaucoup plus nuancé voire pessimiste. "La guerre des mondes" en est un parfait exemple.


Si "E. T.", nous faisait regarder le ciel à la recherche d'une réponse, ici on regarde le sol en espérant ne pas en trouver... 











 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note

À Propos

401px-Wizard_of_oz_movie_poster.jpg
Le Magicien d'Oz, Victor Fleming, 1939

Comment vous parler de moi sans vous parler de la responsable de cette dévorante mais délicieuse passion qu'est devenu le cinéma ? Il serait bien vain d'essayer car toute ma culture cinématographique lui est due et je lui en serai éternellement reconnaissant... 

Posts Archive

Tags

Powered and secured by Wix

bottom of page